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L’Inra analyse les impacts socio-économiques de la recherche agronomique : le cas du développement des aliments aquacoles à base de végétaux

L’Inra a développé une méthode d’évaluation standardisée des impacts socio-économiques de ses recherches (ASIRPA). Cette analyse dépasse la focalisation sur les seuls impacts économiques et vise à évaluer également les effets directs, et indirects, des recherches et innovations sur les politiques publiques, l’environnement ou encore la santé. Un des cas d’étude porte sur le remplacement des ingrédients marins par des végétaux dans la formulation des aliments des poissons d’élevage. L’analyse de ces travaux, conduits par l’unité mixte de recherche Nutrition, Métabolisme, Aquaculture (NUMEA), démontre la diversité et la complémentarité de leurs impacts notamment en matière d’évolution des pratiques des filières, ou d’acceptabilité sociale des produits issus de l’aquaculture.

Poissons, truite arc en ciel.. © Inra, KAUSHIK Sadasivam
Mis à jour le 31/07/2017
Publié le 31/07/2017

Des tensions sur les ressources marines

 

A l’échelle mondiale, la consommation de poisson par personne s'est accrue d'environ 10 kg par an en 1980 à plus de 20 kg par an en 20141. Cette augmentation spectaculaire a été couverte principalement par le développement de l'aquaculture dont la production est passée de moins de 5 millions de tonnes en 1980 à 75 millions de tonnes aujourd'hui.

Cet essor de l’aquaculture, au cours des trente dernières années, a engendré une forte croissance de la demande en aliments aquacoles. Depuis plusieurs décennies, les poissons de types carnivores, comme la truite, le saumon et les poissons marins, étaient nourris avec des aliments contenant principalement des huiles et des farines de poissons. Or, la disponibilité de ces deux matières premières est maintenant limitée en raison des quotas de pêche instaurés au niveau international pour préserver les ressources halieutiques. Aujourd’hui, la production de farines et d’huiles de poisson répond de moins en moins aux besoins toujours grandissants, ce qui constitue un frein au développement de l’aquaculture.

 

 

La recherche du poisson végétarien aux multiples impacts

 

Depuis la fin des années 1980, le laboratoire de nutrition des poissons de l’Inra2, implanté à Saint-Pée-sur-Nivelle (64), en collaboration avec ses partenaires académiques et professionnels de la filière, conduit des recherches pour évaluer la faisabilité, et les limites, du remplacement des matières premières d’origine marine par des matières premières végétales (blé, colza, soja, tournesol, etc.) dans la formulation des aliments aquacoles. Cette thématique visait à favoriser le développement d’une aquaculture plus durable tant du point de vue économique qu’environnemental.

Les résultats des travaux de recherche ont très concrètement permis de faire évoluer la formulation des aliments utilisés en élevage par les pisciculteurs. Ils contiennent maintenant davantage de matières premières végétales tout en restant aussi efficaces du point de vue nutritionnel pour le développement du poisson. Par exemple, les aliments pour truite commercialisés dans le monde en 2011 contenaient 80% de matières premières végétales, contre seulement 50% en 2001.

Au plan économique, ces nouvelles formulations ont permis de limiter et stabiliser les coûts des aliments qui représentent plus de 60% des coûts de production du pisciculteur. Ces travaux de recherche ont également permis d’apporter plus de flexibilité aux fabricants d’aliments qui peuvent mobiliser une plus grande diversité de matières premières dans la formulation des aliments destinés aux poissons.

Suite à cette évolution des aliments, les schémas de sélection génétique des poissons ont dû être revus et les récents travaux montrent que les poissons peuvent être sélectionnés pour leur aptitude à grandir en consommant des aliments riches en végétaux.

L'ensemble de ces travaux déployés initialement sur la truite sont également adaptés à d’autres espèces de poissons d’élevage moins étudiées. Par ailleurs, en matière de consommation, les acteurs de la grande et moyenne distribution ont fait évoluer leurs cahiers des charges afin de favoriser la commercialisation de poissons issus d’une aquaculture utilisant une part plus importante d’aliments aquacoles à base de végétaux. La réduction de la pression sur les ressources marines qui en résulte constitue également une avancée significative en terme environnemental, largement relayée par les ONG et les acteurs de la conservation de l’environnement.

Ces différents résultats permettent d’améliorer l’image globale de l’aquaculture, tout en favorisant l’acceptabilité sociale des produits qui en sont issus.

 

Une recherche en partenariat

 

L’ensemble de ces travaux s’est déployé dans le cadre de partenariats pérennes et fructueux entre recherche et acteurs socio-économiques. Côté scientifique, ces travaux ont mobilisé différentes unités de recherche de l’Inra (l’unité Nutrition, Métabolisme, Aquaculture à Saint-Pée-sur-Nivelle, le Laboratoire de Physiologie et Génomique des Poissons de Rennes, et l’unité Génétique animale et Biologie intégrative à Jouy-en-Josas), ainsi que l’Ifremer et des instituts de recherche européens. Plusieurs projets européens communs ont permis d’élargir les recherches à d’autres espèces que la truite et de construire des bases de données sur de multiples espèces et différents systèmes d’élevage. Ils ont permis d’étudier d’autres impacts des aliments à base de végétaux, par exemple ceux liés à la présence de contaminants dans la chair de poissons ou l’acceptabilité sociale de ces nouveaux produits.

La filière a largement participé à ces projets de recherche. Les fabricants d’aliments ont travaillé sur la faisabilité technologique de la production de ces nouveaux aliments et les pisciculteurs partenaires les ont testés en condition commerciale pour s’assurer de leur efficience.

 

Donner de l’écho à l’innovation

 

Afin de diffuser, et promouvoir, l’usage de ces nouveaux aliments, les chercheurs se sont essentiellement appuyés sur les instituts techniques et l’interprofession (ITAVI, CIPA, FEAP). Le dialogue avec les fabricants d'aliments s’est opéré notamment lors de rencontres professionnelles (salons, colloques et congrès).

L’action FORM,financée par l’Union européenne et dont l’objectif était de diffuser de manière conjointe les résultats de différents projets de recherche européens, a permis de renforcer la dissémination de ces résultats et recommandations. Elle a facilité l’appropriation des résultats par les professionnels et permis de faire évoluer leurs pratiques. La diffusion de ces résultats a ainsi largement dépassé l'hexagone et permis de faire évoluer également les formulations d’aliments à l’étranger.

Aujourd’hui, l’ITAVI et l’interprofession s’appuient sur les recherches de l’Inra pour inciter les fabricants d’aliments à réduire l’empreinte environnementale de leurs productions en effectuant des analyses de cycle de vie. Ces analyses des impacts environnementaux de la production des matières premières et des aliments aquacoles montrent que les aliments à base de végétaux sont efficaces pour réduire la pression sur les ressources marines, mais augmentent logiquement les surfaces de cultures végétales nécessaires à leur production.

 

Retour sur la méthode d’Analyse des impacts de la recherche publique agronomique (ASIRPA)

 

L’étude a permis de décrire précisément le chemin qui permet de relier les recherches et ses impacts concrets sur le terrain, et notamment en matière de développement de nouvelles formules d'aliments aquacoles.

Ensuite, cette étude a permis de montrer que l’impact pouvait évoluer en fonction des attentes des partenaires socio-économiques et de celles exprimées par la société.
Ainsi, au départ, les chercheurs focalisaient les analyses sur des enjeux environnementaux, liés à la préservation des ressources marines, puis se sont progressivement penchés sur les impacts que pouvait avoir le remplacement de matières premières marines par des végétaux sur les surfaces cultivées.

L’analyse ASIRPA a également démontré que la vision de l’impact des recherches était très dépendante de l’acteur concerné. Globalement, un pisciculteur privilégiera plutôt l’impact économique de la modification des aliments, alors que le grand public sera plus sensible à l’impact environnemental de cette évolution des aliments.

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1 - Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 2016, La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, Rome, 200p.

2 - Aujourd’hui, unité mixte de recherche Nutrition, métabolisme, aquaculture (UMR NUMEA / Inra-Université de Pau et des Pays de l’Adour).

En savoir plus

ASIRPA (Analyse des impacts de la recherche publique agronomique) est une approche d’évaluation des impacts socio-économiques de la recherche à l’échelle d’une institution de recherche, développée par des chercheurs de l’Inra. Elle a été mise au point dans le cadre d’un projet de recherche, expérimentée dans une phase pilote, puis mise en œuvre dans le cadre des évaluations de plusieurs départements de recherche de l’Institut (40 études de cas en décembre 2016). La démarche ASIRPA repose sur la réalisation d’études de cas selon des modalités standardisées, et l’utilisation de 3 outils analytiques : une chronologie, un chemin d’impact, et un vecteur d’impacts. Cette standardisation permet une analyse transversale et typologique des études de cas pour en tirer des informations à l’échelle de l’institution.

 

+ d’infos : www.inra.fr/asirpa