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Hommage à Joseph-Marie Bové

Joseph-Marie Bové, né le 5 mai 1929 au Luxembourg, est décédé à l’âge de 87 ans le 2 juin 2016. Scientifique de grand talent, internationalement reconnu, il fut également un administrateur particulièrement innovant de la recherche au bénéfice de la connaissance et de l’innovation. L’Inra et l’université de Bordeaux tiennent à rendre un hommage commun et ému à ce grand spécialiste des maladies végétales et particulièrement des agrumes.

. © Inra, JM Bové
Mis à jour le 07/06/2016
Publié le 07/06/2016

Joseph-Marie Bové est né au Luxembourg en 1929, de parents horticulteurs et fleuristes. Après un déménagement en 1940 à Bordeaux, où sa famille possède une propriété, il y réalise l’ensemble de ses études secondaires au Lycée Michel Montaigne et y prépare le concours d’entrée à l’Institut National Agronomique de Paris (Agro Paris). Ayant passé avec succès ce dernier, il commence ses études supérieures à Paris en 1950 à l’Agro Paris, tout en complétant son apprentissage à l’Université de Paris-Sorbonne, jusqu’en 1955. Au travers de ses études, il s’oriente déjà vers la section de physico-chimie et les pathologies végétales, en vue de s’épanouir dans une potentielle carrière scientifique.

À la sortie de son diplôme, il intègre l’Institut des fruits et agrumes coloniaux (IFAC). 

En 1956, conscient que la France a pris un retard certain dans le domaine de la biologie végétale, il s’envole pour les États-Unis à Berkeley en Californie, accompagné de son épouse Colette et de son jeune fils José. Cette nouvelle étape professionnelle est rendue possible par le soutien du directeur de l’IFAC qui permet au couple Bové d’obtenir deux bourses du ministère des Affaires étrangères.

Fort de ce nouveau contexte scientifique de travail, il mène notamment des études sur la phosphorylation dans la photosynthèse, au sein du laboratoire du professeur D. Arnon, auprès duquel il demeura jusqu’en 1958. Il travailla également avec d’autres scientifiques de valeur, P.K. Stumfp, W.M. Stanley et R. Steere en 1958-59.

De retour en France, il s’installe à Versailles. Son épouse Colette est son assistante, un rôle qu’elle jouera durant toute sa carrière, en plus, bien entendu, d’organiser la vie de famille. 

Ses travaux de recherche concernent alors principalement les virus de plantes, en particulier le virus de la mosaïque jaune du navet. En 1967, il soutient une thèse de doctorat ès sciences sous la direction de Georges Morel et de Jacques Monod, qui venait de recevoir le prix Nobel de médecine en 1965 pour la régulation de l’expression des gènes.

Suite à l’obtention de sa thèse, il est nommé Professeur associé à l’université de Nancy (1968-1971). En 1971, la vie de Joseph-Marie Bové connaît une évolution majeure puisqu’il est nommé sur concours directeur de recherche à l’Inra. Il prend alors en charge, sur le site de Pont de la Maye à Villenave d’Ornon, la direction de la station de Physiologie végétale, puis du nouveau laboratoire de Biologie cellulaire et moléculaire. En 1976, il devient professeur de microbiologie à l’université de Bordeaux 2 et y enseigne la biologie moléculaire des procaryotes et de leurs virus, ainsi que la biologie moléculaire des virus des eucaryotes.

Entre 1984 et 1994, il devient le premier président du centre Inra en Aquitaine. Enfin, il est nommé professeur émérite en 1998 de l’université de Bordeaux 2 jusqu’en 2011.

Un engagement intellectuel et humain

Joseph-Marie Bové eut une carrière scientifique exceptionnelle. Il serait vain de tenter d’évoquer l’ensemble de ses contributions. Nous pouvons néanmoins tenter de retenir quelques grands jalons de ce parcours singulier.

Joseph-Marie Bové et son laboratoire de biologie cellulaire et moléculaire sont à l’origine directe ou indirecte de découvertes majeures en phytopathologie. Il a co-publié plus de 250 articles scientifiques dans des revues internationales qui ont été citées plus de 9 500 fois (Facteur H de 48). Nous retenons notamment deux contributions essentielles :

  • La découverte et la caractérisation moléculaire jusqu’au séquençage de son génome du premier mycoplasme d’origine végétale : Spiroplasma citri, l’agent du nanisme (« Stubborn ») des agrumes ;
  • La découverte d’autres agents bactériens responsables de maladies redoutables notamment chez les agrumes : Candidatus Liberibacter spp. et Xylella fastidiosa qui causent respectivement la maladie du dragon jaune (Greening ou huanglongbing) et la chlorose panachée des agrumes.

Les travaux et l’engagement de Joseph-Marie Bové furent maintes fois salués. Il reçut la médaille d’argent du CNRS en 1971, le prix Dufrenoy de l’Académie d’Agriculture en 1983, dont il était membre depuis 1992. Il fut également membre correspondant de l’Académie des Sciences depuis 1993, membre de l’Académie Brésilienne des Sciences chevalier du mérite agricole (1972) et officier des palmes académiques (1993).

Joseph-Marie Bové fut un professeur d’université remarquable avec des talents d’orateur dont se souviennent ses étudiants. Ses enseignements et sa contribution à la formation par la recherche eurent un impact considérable sur la formation en microbiologie et biologie moléculaire dont bénéficia l’ensemble du site bordelais. Il forma également de nombreux chercheurs qui réalisèrent de brillantes carrières par la suite.

L’exemple du DEA de microbiologie et de biologie moléculaire qu’il créa témoigne de cet engagement ; l’ensemble des étudiants ayant suivi son enseignement reconnait son érudition et sa passion pour l’enseignement de la virologie notamment.

À travers ses missions d’administration de la recherche, Joseph-Marie Bové développa une vision moderne de la conception et de la conduite des recherches ouvertes et en interaction avec la société. Nous pouvons retenir quelques grands faits marquants :

  • le rapprochement précurseur et visionnaire entre l’Université de Bordeaux et l’Inra, aujourd’hui cité comme exemplaire ;
  • le projet et l’édification de l’institut de biologie végétale moléculaire (IBVM) ;
  • la fédération des forces de recherche dans le domaine de la vigne et du vin au sein de l’Institut des sciences de la vigne et  du vin (ISVV), fruit des premiers échanges avec son ami Denis Dubourdieu, projet soutenu par le président de la Région Aquitaine, M. Alain Rousset.
  • il fut l’un des 8 membres fondateurs de l’Organisation Internationale de Mycoplasmologie créée en 1976, et qui tiendra cet été son 21e congrès international à Brisbane en Australie ;

Homme de science, Joseph-Marie Bové était également homme de terrain, et ne concevait pas le travail de recherche sans allers et retours constants entre le laboratoire et le verger.

Voyageur infatigable, il parcourut toute la planète, du moins tous les lieux de culture des agrumes à la rencontre des producteurs et des chercheurs. Il avait notamment lié un partenariat très proche avec Fundecitrus, une fondation regroupant les agrumiculteurs de l’état de Sao Paulo au Brésil. Cette activité d’expertise, à l’échelle mondiale, est celle qu’il prolongea le plus avant, notamment en tant qu’expert de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ainsi, il avait été sollicité très récemment pour donner son avis d’expert sur l’épidémie de Xyllela fastidiosa qui affecte les oliveraies dans le sud de l’Italie.

C’est à l’ensemble de ce parcours singulier et exceptionnel, mais surtout à l’homme, et au collègue, que la communauté scientifique rend hommage. Ses travaux scientifiques et sa vision innovante de la recherche continuent, par leur créativité et leur inventivité, d’irriguer aujourd’hui l’écosystème de recherche bordelais et contribuent à son rayonnement international.

Le parcours de Joseph-Marie Bové

> Télécharger le CV détaillé de Joseph-Marie Bové.

> Découvrir le témoignage de Joseph-Marie Bové recueilli dans le cadre du projet Archorales de l'Inra en 1998.