Des enseignants au coeur des labos

L’opération « Des enseignants dans les labos » propose à des enseignants de collège et de lycée de s’immerger dans des laboratoires quelques jours pour mieux connaître l’organisation et le fonctionnement de l’enseignement supérieur, ainsi que les problématiques et les méthodes de la recherche scientifique. L’opération est conduite par le Rectorat de Bordeaux depuis 2012, en lien avec l’université de Bordeaux, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, le CNRS et l’Inra Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux. En 2017, près de 60 enseignants ont été accueillis par les chercheurs. Retour d’expérience dans un laboratoire de l’Inra.

Le laboratoire ISPA a accueilli trois enseignantes de lycée dans le cadre de l'opération
Mis à jour le 22/05/2017
Publié le 22/05/2017

Trois enseignantes de lycée sont venues découvrir durant trois jours les travaux de l’équipe ECOFUN du laboratoire Interactions Sol Plante Atmosphère (UMR ISPA, Inra – Bordeaux Sciences Agro), qui étudie les réponses et adaptations des écosystèmes face aux changements environnementaux.

Immergées au sein d’un collectif rassemblant des spécialistes en écologie, géochimie, hydrologie et agronomie, les enseignantes ont abordé le changement climatique de la cellule de la plante à l’écosystème, en pratiquant toutes les activités quotidiennes d’un laboratoire : modélisation, expérimentation en milieu contrôlé et observation en milieu naturel. Elles ont été accueillies par Teresa Gimeno, docteur en écologie et titulaire d’une bourse de recherche européenne Marie-Curie, Jérôme Ogée, chargé de recherche et animateur scientifique de l’équipe ECOFUN et leurs collègues.

Côté enseignants, une soif de savoir(s)

« L’envie de travailler sur un sujet d’actualité, des questionnements personnels et citoyens, mais aussi l’envie de découvrir l’Inra » ont incité Ingvild Marchand, professeure de SVT au Lycée Grand Air d’Arcachon, à franchir la porte du laboratoire ISPA. La possibilité d’approcher la réalité du travail scientifique a notamment permis à Annie Carrasset, professeure de SVT au Lycée de la Mer de Gujan-Mestras, de mieux « comprendre, découvrir ou, tout simplement, de mettre à jour ses connaissances et celles requises par les programmes scolaires ». Pour Ingvild Marchand, il est également important « de sortir du monde de l’enseignement pour mieux appréhender la réalité et, ainsi, mieux la traduire à nos élèves ».

La science est aussi source d’étonnement. Les enseignantes ont ainsi découvert l’existence et le rôle de l'oxysulfure de carbone (OCS), mais aussi « la diversité et la complexité des moyens mis en œuvre pour observer le changement climatique aux différentes échelles, de la cellule des feuilles aux écosystèmes et à l’échelle planétaire » explique Sylvie Chauvin, professeure de SVT au Lycée Victor Louis de Talence.

Le dialogue noué avec les chercheurs et le travail de vulgarisation scientifique pourra nourrir le travail en classe, notamment lorsque les travaux de recherche s’appuient sur des exemples d’écosystèmes régionaux connus des élèves, comme la forêt des Landes.

 Renforcer la culture scientifique

Le milieu scolaire représente le premier vecteur de la culture scientifique. Et l’opération « Enseignants dans les labos » contribue à cette dynamique, au même titre que la Maison pour la Science en Aquitaine et des manifestations comme « Ma Thèse en 180 secondes », où les enseignantes ont pu emmener leurs élèves en 2017. Mais au-delà des connaissances scientifiques, l’enjeu est aussi de partager avec les élèves les fondements de la démarche scientifique : « la curiosité, la rigueur, le droit à l’erreur et la dimension collective qui doivent nourrir le travail des élèves » précise Sylvie Chauvin.

 Un métier, des métiers

Le rôle des enseignants est également d’accompagner les élèves dans leurs démarches d’orientation et, donc, de préparer leur avenir. « Les élèves ont généralement une image fantasmée du métier de chercheur ou d’ingénieur de recherche, travaillant seul dans sa tour d’ivoire » explique Sylvie Chauvin. La découverte de la vie du laboratoire a notamment permis aux enseignantes de mesurer la dimension collective du travail de recherche, construit dans l’interactivité. Elle a aussi mis en lumière des compétences métiers particulières, notamment « le rôle de bricoleur et fabricant des outils de mesure » lorsque ceux-ci n’existent pas sur le marché ou ne répondent pas aux enjeux de recherche, témoigne Annie Carrasset.

Cette connaissance plus fine des métiers peut aider à « orienter les élèves vers les filières, et carrières, scientifiques » selon Ingvild Marchand. Mais ces métiers impliquent d’acquérir des compétences complémentaires, Annie Carrasset souligne ainsi « la nécessité d’une maitrise de l’anglais qui est indispensable au quotidien dans les relations avec les collègues et avec les autres chercheurs internationaux ».

 Et les suites ?

Il s’agit maintenant de reprendre le chemin de la classe et de réfléchir aux suites à donner à l’expérience. Ingvild Marchand imagine par exemple « renforcer le travail collaboratif par projets scientifiques entre les élèves, pour apprendre à partager des idées, des compétences et ainsi favoriser l’appétence pour les sciences ».  

Deux pistes pour élargir la démarche sont aussi identifiées. La première viserait à « envoyer des élèves dans les labos par petits groupes afin qu’ils découvrent la démarche scientifique et la vie des laboratoires et qu’ils la partagent avec leurs camarades de classe. Car les élèves sont très à l’écoute de ce que leur rapportent leurs pairs, parfois plus que des discours des professeurs… » selon Sylvie Chauvin. Une seconde piste à explorer voudrait renforcer le dialogue entre chercheurs et élèves, en classe cette fois, « par des conférences, ou des visioconférences, où le chercheur pourrait évoquer son parcours ses recherches et ses collaborations », explique Ingvild Marchand.

A suivre donc…